Bon sens à la scandinave (Le)

Les inégalités sociales de santé


Extrait du livre

Les comparaisons internationales montrent de grandes disparités dans les indicateurs de pauvreté et de santé, et ce, même entre des pays dont le niveau global de richesse, et donc de ressources humaines et matérielles, est comparable. Certains pays ont réussi à réduire la pauvreté et les inégalités. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier les politiques et les stratégies mises en place pour y arriver. L’Union européenne invite d’ailleurs ses pays membres à concurrencer ceux qui remportent la palme en proposant périodiquement des plans de lutte contre la pauvreté qui décrivent leurs politiques les plus prometteuses.

 La lutte contre la pauvreté

 Certaines sociétés réussissent mieux que d’autres à créer des environnements favorables à la santé. Celles des pays nordiques, soit la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande font figure de championnes. En effet, année après année, ces pays se classent parmi les premiers pour ce qui est des indicateurs de pauvreté et d’équité.

L’indice de pauvreté humaine du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est particulièrement intéressant lorsqu’on étudie les inégalités sociales de santé, car il mesure la pauvreté, mais aussi l’exclusion sociale et l’espérance de vie. Il se compose des quatre indicateurs suivants : 1. la probabilité d’une vie longue et en bonne santé ; 2. le pourcentage d’adultes fonctionnels en lecture et écriture ; 3. le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ; et 4. l’exclusion sociale, mesurée par le taux de chômage de longue durée.

 Or, selon cet indice, les pays nordiques se disputent les premières places au classement des pays développés lorsqu’on considère les plus faibles taux de pauvreté humaine.

Jusqu’au milieu des années 2000, les pays nordiques occupaient aussi les cinq premières places au sein de l’OCDE pour les plus faibles taux de pauvreté économique, ex æquo avec la République tchèque, la France et la Hongrie. Les taux de pauvreté variaient de 5 à 7 % (proportion des habitants ayant des revenus plus bas que 50 % de la médiane des revenus du pays). À titre de comparaison, le taux de pauvreté au Canada était, pour la même période, de 12 %, et celui des États-Unis, de 17 %.

À la fin des années 2000, à cause des taux de pauvreté allant de 6 à 8 %, les pays nordiques ont glissé vers les 11e, 12e et 13e places du classement des 34 pays de l’OCDE, sauf le Danemark, qui a maintenu sa 2e place. Cependant, en 2010, toujours au sein de l’OCDE, les quatre pays nordiques étudiés se classaient parmi les six premiers pour leur faible pourcentage de « gens qui trouvent difficile ou très difficile de vivre de leurs revenus actuels1 » (le Luxembourg et les Pays-Bas étant les deux autres pays parmi les six premiers).

Au chapitre de la pauvreté des enfants, les pays nordiques obtiennent d’excellents résultats. À la fin des années 2000, tout comme au début, les quatre pays étudiés se classaient parmi les cinq premiers, avec des taux variant de 2 à 4 % au début, puis de 4 à 7 % à la fin. Le Canada et le Québec faisaient piètre figure, présentant tous les deux des taux de 15 %. En 2012, les cinq pays nordiques étaient toujours en tête, parmi les huit premiers des 35 pays économiquement avancés. Le tableau ci-dessous montre le pourcentage d’enfants vivant dans la pauvreté 9revenu ajusté en fonction de la taille et de la composition de la famille) selon les chiffres disponibles en 2012 et compilés par l’UNICEF.

Or, comme nous l’avons vu, les enfants pauvres sont beaucoup plus à risque que les autres d’avoir des difficultés d’apprentissage qui diminueront les possibilités de se créer une situation socioéconomique décente, elle-même liée à la santé. C’est pourquoi il est justifié d’affirmer que la lutte contre la pauvreté des enfants prévient à long terme la situation de pauvreté des adultes.

La réduction des inégalités

Les écarts de revenus dans les pays nordiques sont moins grands qu’ailleurs et les inégalités, lorsqu’on considère les modes de vie, y sont beaucoup moins importantes aussi. Le rapport de 2005 du Programme des Nations Unies pour le développement présentait le classement des pays de l’OCDE selon les inégalités de revenus. L’Observatoire des inégalités le résume en ces termes :

Le rapport entre le revenu moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres est, en 2003 :

- de 6 dans trois pays nordiques : la Suède, la Norvège, la Finlande ;

- de 7 à 8 au Danemark, en Belgique et en Allemagne ;

- de 9 aux Pays-Bas et en Espagne, comme en France.

Les pays du modèle anglo-saxon sont à la traîne : 12,5 en Australie, 13,8 au Royaume-Uni, et, en queue de peloton, 16 aux États-Unis (PNUD 2005)2.

En 2011, l’OCDE publiait le classement de ses pays membres selon le coefficient Gini qui mesure les écarts de revenus. Il plaçait les quatre pays nordiques parmi les sept premiers pour les faibles écarts, avec la Slovénie, la République slovaque et la République tchèque. Les deux graphiques ci-dessous illustrent bien la différence du Gini entre les pays nordiques et d’autres pays riches. Ils permettent de constater que les écarts de revenus ont progressé partout entre 1975 et 2008.

En ce qui concerne la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes, force est de constater que les pays nordiques battent des records également dans ce domaine. D’ailleurs, l’indice de participation des femmes des Nations Unies a toujours classé la Suède, la Norvège, le

Danemark et la Finlande parmi les cinq premiers pays au monde, depuis sa première publication en 1996 jusqu’à sa dernière édition en 2009 (sauf trois années pour lesquelles un seul des pays n’était pas parmi les cinq premiers, mais pas très loin derrière). Cet indice tient compte de la représentation des femmes au parlement, des postes de direction, professionnels ou techniques occupés par les femmes et de leur salaire par rapport à celui des hommes.

Les conditions de vie décentes

Dans son appel à combler le fossé des inégalités sociales de santé en une génération, la Commission des déterminants sociaux de la santé de l’OMS cible plusieurs domaines d’intervention dans le but d’améliorer les conditions de vie de la population. Ces domaines sont les suivants :

- éducation accessible et de qualité, taux d’alphabétisation élevé et faible décrochage scolaire (« L’équité dès le départ »*) ;

- important parc de logements publics ou subventionnés (« Un environnement salubre pour une population en bonne santé »*) ;

- généreuses mesures de conciliation famille-travail et inclusion sociale par le travail (« Pratiques équitables - en matière d’emploi et travail décent »*) ;

- étendue de la protection sociale (« Protection sociale tout au long de l’existence »*) ;

- proportion élevée de femmes sur le marché du travail ou qui sont élues, revenu des femmes (« Équité entre les sexes »*) ;

- taux élevés de participation électorale, démocratie locale développée et degré élevé de liberté de presse (« Émancipation politique – participation et possibilité de s’exprimer »*) ;

- redistribution de la richesse relativement grande (« Répartition équitable du pouvoir, de l’argent et des ressources »*).

À ce chapitre, plusieurs des pays scandinaves détiennent des records ou affichent des taux parmi les meilleurs au monde. La description des politiques qui favorisent leur réussite dans ces domaines d’intervention fait l’objet des chapitres subséquents.

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ISBN : 978-2-7606-2282-1

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