COMPTE RENDU
A. E DAVISON, ED., STUDIES IN CANADIAN LITERATURE
L'ART DE LA SYNTHèSE
Jacques Cardinal
Arnold E. Davidson (ed.), Studies on Canadian Literature. Introductory and Critical Essays. (New York: The Modern Language Association of America, 1990).
Canadian Literature is the autobiography of a culture that insists it will not tell its story.
R. Kroetsch, Reading across the Border
Publiées par la Modern Language Association of America, les études réunies dans ce volume s'adressent manifestement à un public américain que l'on suppose plus ou moins bien averti quant à la spécificité de la littérature canadienne. On note à cet égard que la plupart de ces articles ont une double préoccupation: celle, d'abord, d'introduire le lecteur à l'histoire littéraire canadienne en analysant divers mouvements littéraires; et, une autre, où l'on cherche à nommer la singularité de l'expérience canadienne de l'américanité par rapport à celle des USA (la mythologie de l'ouest canadien étant comparée notamment à celle de l'ouest américain). L'incidence stratégique du livre est donc d'une certaine manière d'informer l'autre de sa différence et de dé-mythologiser ou de déconstruire un certain nombre d'idées reçues sur la spécificité canadienne. En cela, le livre a une vocation pour le moins pédagogique et se caractérise par la nette prédominance d'un genre que l'on pourrait dire être celui de la <<synthèse historique>>. Ce n'est pas là, on le sait, un genre facile parce qu'il suppose justement la possibilité de narrer l'histoire (littéraire) selon une certaine causalité où, pour gommer quelques différences, il faut nécessairement avoir recours à un ou plusieurs paradigmes. Or la question de la pertinence du paradigme demeure aussi toujours ouverte sur le sens et l'histoire. Mais avant d'aborder la position éditoriale du volume, jettons un coup d'oeil sur son montage formel qui me semble révélateur d'une certaine configuration symbolique de l'objet littéraire canadien.
Le volume est divisé en trois parties dont les deux premières abordent successivement la littérature canadienne-anglaise /pp. 4-5/ et la littérature québécoise. La troisième, plus hétérogène, traite notamment de comparatisme et de littérature autochtone. Certains seraient tentés d'y lire une hiérarchie de l'institution littéraire canadienne. En fait, il faut plutôt y lire un souci d'inclure le Québec dans cette institution alors que l'institution littéraire québécoise, il faut bien le dire, s'occupe très peu de littérature canadienne. Il est facile de présumer d'ailleurs qu'un tel livre serait peut-être impossible, ou du moins difficile, s'il fallait en donner l'initiative aux universitaires francophones puisque le nom <<Canada>> leur est plutôt indifférent. L'assomption du nom <<canadien>> a en effet toujours été problématique au Québec, et surtout en littérature. Ce montage éditorial reproduit donc la situation symbolique canadienne dans la mesure où non seulement les <<deux solitudes>> sont ici représentées successivement et séparément, mais parce que c'est surtout l'institution littéraire anglophone qui a pris l'initiative d'assumer le nom <<canadien>>. En d'autres mots, le nom <<Canada>> continue de subsumer deux institutions littéraires distinctes alors que l'une des deux (la québécoise) ne s'y est peut-être jamais reconnue étant trop occupée, légitimement sans doute, à fonder son propre discours dans l'histoire.
Cette schize est lisible aussi dans la liste des collaborateurs qui, en ce qui concerne la littérature québécoise, est composée en majorité d'universitaires anglophones. Il s'agit là certes d'un enrichissement pour notre culture dont on a raison de se réjouir, mais il est quand même curieux de constater que les ténors de la critique québécoise (disons, G. Marcotte, P. Nepveu) n'ont signé aucun texte alors que leurs pendants anglophones (New, Hutcheon, Cameron) l'ont fait. Peut-être ont-ils été approchés pour le faire et ont-ils refusé? Je n'en sais rien. Mais je constate que la schize est presque totale et qu'elle est indicielle d'une certaine structure symbolique où le québécois n'assume que très rarement le nom <<Canada>> alors que l'autre l'assume en l'incluant, lui. Ce livre aurait pu paraître sans aucun article sur la littérature québécoise que personne sans doute, à l'est d'Ottawa, ne s'en serait offusqué puisque publié sous le titre Studies on Canadian Literature. Évidemment, cette schize n'est pas analysée dans ce livre comme lieu de tension politique et culturelle. Et nous touchons peut-être en cela l'un des points de cécité de ce volume qui, cherchant à nommer la /pp. 5-6/ spécificité canadienne face à l'américaine, ne pose jamais celle de sa propre dualité. Il va de soi qu'il s'agit là d'un vaste problème et que telle n'était pas, d'entrée de jeu, la mission de ce volume.
Quoiqu'il en soit la position éditoriale est celle-ci: <<[...] the volume is, at least implicitly, a reaction to the thematic criticism that dominated Canadian literary studies in the late sixties and early seventies>> (AED, 2). Quel est donc ce changement de cap effectué par la critique? L'article de B. Cameron peut nous servir de point de départ dans la mesure où il tente de répondre à cette question par une analyse assez remarquable de l'évolution du discours critique au Canada anglais. Il se livre en fait à une archéologie de l'objet littéraire canadien des vingt-cinq dernières années. En réaction à la position critique de N. Frye, mais s'appuyant aussi sur elle, la critique thématique désigne ici celle qui, depuis les travaux notamment de D. G. Jones, W. H. New, M. Atwood, L. Ricou et J. Moss, a cherché à nommer la singularité de l'expérience canadienne à partir des figures récurrentes de son imaginaire. Dans ce cas, le thème littéraire est indiciel de la culture canadienne dans son ensemble ou de l'identité du Sujet-Nation canadien. Fondée pour une bonne part dans une phénoménologie de type existentiel, cette critique cherche en définitive à répondre à la question <<qui suis-je?>>. L'incidence de la géographie sur la configuration de cet imaginaire est d'ailleurs de la plus grande importance pour ce type de critique (<<a thematic-environmental tradition>>). On note là, selon l'auteur, outre une compréhension du phénomène littéraire comme mimésis du Sujet-Nation, un freudisme culturel où se confond le sujet individuel et collectif. Le Canada serait ici, suivant la définition de E. Said de la culture (le sentiment d'appartenance à un espace et un agglomérat d'idées communes), un sujet flou en perpétuelle quête d'identité. La critique thématique a donc pour objet la dialectique du sujet et du national; elle est <<a nationalist criticism>>.
C'est en réaction à cela que F. Davey a publié en 1974 Surviving the Paraphrase duquel a émergé un nouveau projet critique formulé ainsi par Cameron et Dixon: <<[...] the ultimate goal of Canadian criticism should be "the consistent practice of a critical craft that is equivalent and responsive, in range and /pp. 6-7/ discipline, to the literature it treats" and consequently - -- given the "thematic variety, formal abundance, and technical inventiveness" of Canadian literature -- that that literature deserves treatment as part of the relatively autonomous world of literary discourse (BC, 129).>> Il s'agit là pour l'auteur d'une position post-saussurienne qui ne présume pas d'une identité de nature entre les mots et les choses et qui sait distinguer, outre le signifiant et le signifié, la réalité de la construction du réalisme par la littérature. C'est donc un retour à la littérarité du texte et à sa singularité comme événement du discours qui caractérise cette réaction à la critique thématique. Mais celle-là (post-thématique) n'a pas désadhéré pour autant du désir de penser la littérature dans l'horizon du nom <<Canada>>, de même que la dialectique du sujet et du Sujet-Nation n'est pas abandonnée. Or la question que l'on peut se poser est celle-ci: cette nouvelle méthodologie qui s'est élaborée dans le structuralisme et le post-structuralisme a-t-elle donné lieu à une nouvelle compréhension de l'imaginaire canadien? Est-ce que le mot a encore un référent sur le plan de l'imaginaire ou n'est-il que le lieu d'intersection de multiples voix différentes? Bref, comment fonctionne ce nom dans la critique? La suite de l'article ne répond pas à cette question mais s'achève par une discussion sur le processus de renomination de l'imaginaire canadien. À cet égard, l'auteur montre que la critique post-saussurienne prend ses distances avec la conception du sujet présupposée par l'autre critique en affirmant que <<to posit an individual subject as an authority for a single meaning is to ignore the degree to which subjectivity itself is a discursive construct>> (BC, 138). Pour ma part, la question de cette opposition du sujet me semble peut-être mal posée en ce qu'elle méconnaît la fonction du nom propre dans le processus de constitution du sujet. Le nom, en effet, ne suppose sans doute pas une métaphysique originaire de la présence, mais il reste le point d'ancrage du sujet dans le symbolique. Cela dit, B. Cameron termine son article en soulignant la nécessité d'une approche plus sémioticienne de la littérature canadienne. Posé en ces termes, on s'aperçoit que le projet éditorial post-thématique du volume est respecté dans la mesure où prédomine justement la synthèse historique axée sur la poétique ou l'histoire littéraire comme genre. Mais on note aussi très peu de lectures immanentes /pp. 7-8/ du texte littéraire susceptibles ensuite de reformuler certains paradigmes de cette histoire.
L'article de W. J. Keith est celui qui cherche le plus ouvertement à répondre de la spécificité canadienne à l'égard de la littérature américaine. Il montre ainsi avec beaucoup de pertinence que le statut symbolique du Canada a longtemps été celui d'un état tiers-mondiste, subordonné aux USA. Sa place dans le monde (littéraire) anglo-saxon a en effet été fort problématique, étant absent, par exemple, des anthologies américaines (l'indifférence des USA à l'égard du Canada est bien connue). D'ailleurs, le nom <<Amérique>> semble appartenir aux USA, alors que le Canada incarne tout de même une autre expérience de l'Amérique. Ne faudrait-il pas dès lors aborder la question de l'expérience de l'américanité en incluant le corpus canadien? Le premier roman <<américain>> n'est-il pas d'ailleurs à demi-canadien (Frances Brooke's, History of Emily Montague, 1769)? Parmi les mythes historiques à réviser, il y a notamment cette supposée opposition entre l'Amérique progressiste de la Révolution et les réactionnaires loyalistes canadiens. W. J. Keith pense qu'il faut nuancer ce jugement sur l'histoire comme on peut d'ailleurs le lire dans le roman de Thomas Raddall, His Majesty's Yankees. L'imaginaire de l'ouest canadien dominé par la figure mythique du <<mountie>> se distingue par exemple de l'américain dans la mesure où <<the Canadian myth focuses on law and order, the American on lawlessness...>> (WJK,10). Le <<mountie>> incarne ainsi très souvent non seulement un gardien de l'ordre contre l'anarchie américaine, mais aussi, dans une certaine mesure, un protecteur de l'indien. Ce mythe me semble très important, et il aurait été intéressant que l'auteur le développe. Il termine son article par une dernière distinction où le melting-pot américain s'oppose au multiculturalisme canadien. Il y reconnaît une figure spécifique de la tolérance et du libéralisme canadien. L'auteur ne souligne pas toutefois les difficultés de cette politique, notamment au Québec. En fait, la distinction Canada-Québec n'est pas problématisée dans cet essai alors que justement elle ne cesse de se poser comme point de tension de l'unité nationale et culturelle.
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L'article de L. Hutcheon pose aussi la question de la singularité de la littérature canadienne. Partant d'une définition du postmodernisme [pm= mon abréviation] comme <<cultural practices that are fundamentally self-reflexive, in other words, art that is self-consciously artifice, art that is textually aware of its production and reception as a cultural artifact and that is as related to the past of other art as to the present reality of society. [...] in pm, textual self-reflexivity is paradoxically made the means to a new and overt engagement with the social and the historical, which has the effect of challenging our traditional humanist beliefs about the function of art in society>> ( LH, 18), l'auteure s'interroge ici sur la spécificité du pm canadien pour y reconnaître justement que le Canada, en tant que nation, possède beaucoup de ses caractéristiques: <<Canadian writers, then, are perhaps primed for the paradoxes of the pm by their split sense of identity, both regional and national, and by their history>> (LH, 20). De plus, L. Hutcheon note une certaine affinité entre le (processus de déconstruction du) statut de la femme et la condition du sujet canadien; en l'occurrence, une continuelle quête d'identité liée au sentiment de sa propre marginalité à l'égard d'une norme symbolique. Elle montre ensuite l'importance de la parodie de l'histoire traditionnelle par ce qu'elle appelle <<historiographic metafiction>>. Moins extrême aussi que le pm américain, le pm canadien s'appuie sur le réalisme pour enfin le déconstruire. L'analyse est intéressante car elle dessine une très large strate de la littérature canadienne.
Ce qu'il faut aussi noter dans cette analyse, c'est qu'elle implique une corrélation, sinon une identité, entre le Sujet-Nation canadien et l'esthétique-éthique du pm. Alors que ce mouvement se caractérise souvent par une déstabilisation de la notion de sujet, on constate qu'elle revient là comme modèle de causalité. Tandis que l'on a jugé que le modernisme se fondait sur une théorie du sujet libéral et humaniste capable de maîtriser le cours de l'histoire au nom de la raison, l'on suppose ici une nouvelle configuration de la subjectivité qui aurait désadhéré des métarécits totalisateurs du sens de l'histoire. Mais l'équation entre Sujet et Sujet-Nation est maintenue, ne serait-ce que sur le mode ironique et parodique. Cette analyse suppose enfin une histoire où s'oppose le réalisme de /pp. 9-10/ la modernité à l'éclatement des formes inhérentes au postmodernisme. Cette opposition est-elle véritablement fondée? Ne relève-t-elle pas plutôt de l'idéologie philosophique? Ce qui nous amènerait à nous poser cette autre question: en quoi le sujet de la littérature est-il distinct du sujet de la philosophie? Vaste question, il va sans dire, et qui pourrait nous occuper longtemps.
W. H. New nous livre un texte très intéressant sur la logique des commencements en littérature canadienne. Conscient de ce que l'appropriation symbolique du Nouveau-Monde doit au canon littéraire européen, il analyse particulièrement bien les enjeux de cette traduction lorsqu'elle bute sur cette question devenue quasiment incontournable de la symbolisation du territoire canadien: <<How could one write of the uninhabitable wilderness and yet live in it? How could one allow the wilderness to be inhabitable without implicitly denying the existing hierarchies of order?>> (W.H.N, 37). On remarque là au passage une problématique éminemment <<thématique>>, mais elle demeure à mon avis tout à fait pertinente dans la mesure où elle s'inscrit d'abord dans une réflexion qui prend appui sur la logique du discours dans ses effets de représentation. L'article de A. E. Davidson est d'ailleurs assez proche de cet esprit car il analyse quelques mythes de l'imaginaire de l'ouest canadien en les comparant avec ceux de l'ouest américain. Il montre notamment comment a évolué, par l'entremise d'écrivains tels R. Kroetsch et R. Wiebe, cet Ouest mythique qui, comme un jardin, doit être cultivé au nom de l'empire britannique. Mais comme il le note aussi avec pertinence, la déconstruction d'un mythe n'est pas la fin du mythe, mais une nouvelle symbolisation du monde.
Je ne peux aborder ici tous les articles de ce volet portant sur la littérature canadienne anglaise, mais on constate que le projet éditorial <<post-thématique>> est respecté dans ses grandes lignes. Le <<Canada>> continue cependant de fonctionner ici comme un thème littéraire, mais selon une autre méthodologie où la problématique de la mimésis est surtout remise en question.
L'article de D. M. Hayne ouvre le volet sur la littérature québécoise. Il constitue une excellente introduction /pp. 10-11/ historique à la littérature québécoise. Les grands mouvements littéraires sont bien définis et bien articulés les uns aux autres, et l'on voit bien le défilé historique de cette littérature. Pourtant, il aurait peut être fallu rappeler l'incidence de cette dialectique de l'histoire et de la littérature à l'oeuvre dans la littérature québécoise depuis le rapport Durham. À cet égard, les articles de Jean Marcel (<<Écrire l'histoire>>, Études Françaises, 10-4) et de Robert Melançon (<<Qu'est-ce que la littérature québécoise?>>, Revue des sciences humaines, 1979-1) ont montré à quel point était importante la réaction à ce rapport comme désir du sujet québécois de fonder son appartenance à l'histoire. De même, les travaux de G. Marcotte (Le roman à l'imparfait) et de P. Nepveu (L'écologie du réel) constituent des prolongements de cette question. Et que dire du livre de R. Beaudoin (Naissance d'une littérature) sur le messianisme littéraire au XIXe siècle qui s'avère une contribution capitale au discours critique de cette littérature?
Quant au texte de K. Gould sur le féminisme québécois, il est aussi très intéressant, mais il omet de discuter les interrogations de P. Nepveu (<<BJ/NBJ: difficile modernité>>) dans le numéro consacré à La Barre du jour dans la revue Voix et Image (Hiver 1985), et de Jean Larose (<<Une modernité bien de chez nous, La Barre du jour>>) dans La petite noirceur. Cela aurait permis, surtout pour ce qui est de l'article de Larose, de relativiser le discours de réception de ces oeuvres qui sont souvent présentées ici comme l'expression de la <<bonne>> modernité québécoise. Je constate d'ailleurs le même penchant dans l'article de B. Goddard sur l'évolution du discours critique québécois. Il s'agit au demeurant d'une belle synthèse qui montre surtout comment s'est effectué le passage d'une critique de type humaniste à une critique plus sociologique centrée notamment sur la formation de l'institution littéraire québécoise. D. G. Jones nous donne aussi à lire une excellente synthèse de la contribution littéraire des poètes de l'Hexagone. Pourtant, le livre de P. Nepveu (L'écologie du réel) qui est une archéologie de l'évolution de cette modernité jusque chez les poètes de l'Hexagone n'est pas pris en compte. On ne voit pas, par conséquent, la place décisive qu'occupe la mythographie de Saint-Denys Garneau à l'égard de cette évolution. Quant à C. La Bossière, il a choisi une approche /pp. 11-12/ plus formelle de la littérature québécoise. Son analyse, bien que riche et pertinente sur ce plan, ne pose pas cependant la question de ce qui peut ou pourrait dans ce cas unir un certain type de procès esthétique avec l'éthique. Ce néobaroque québécois semble ainsi coupé de son inscription symbolique dans l'histoire.
Quant aux articles de M. J. Green sur l'évolution du roman de la terre (et du roman familial) et de J. Moss sur l'histoire du théâtre, je dirais qu'ils sont des modèles du genre <<synthèse historique>>. Il manque cependant, dans ce dernier cas, une référence au travail d'A. Brisset sur le statut de la traduction dans le théâtre québécois comme processus d'appropriation symbolique.
On remarque enfin qu'en ce qui concerne le volet sur la littérature québécoise, la question pour le moins angoissante de sa spécificité à l'égard de la littérature américaine n'est pas posée. En fait, elle ne se pose pas puisque la langue opère ici une différence alors que ce n'est pas le cas pour le canadien anglais.
Je retiendrai d'abord du troisième volet, l'article de R. McGrath et P. Petrone sur la littéraure autochtone. L'article est davantage un inventaire et une histoire des sources écrites de la culture amérindienne qu'une analyse approfondie de son imaginaire. Or, il me semble qu'un article sur l'imaginaire amérindien d'aujourd'hui aurait été ici pertinent de manière à nommer la troisième des solitudes... canadiennes. Il faut saluer enfin en P. Strattford l'un des pionniers du comparatisme canadien. Il a cherché, au fil de ses recherches, à formaliser la poétique de ces deux littératures. Dans cet article, il montre avec pertinence quelles sont les diverses configurations chez J. Poulain (Les grandes marées) et M. Cohen (Wooden Hunters) du désir de l'écriture et de l'appartenance à l'Amérique. Il se méfie ici des généralisations hâtives et laisse le texte dire sa différence.
En terminant, on peut dire de ce volume qu'il constitue dans l'ensemble une excellente introduction à la littérature canadienne. Il s'agit d'un manuel d'introduction et, à ce titre, il reflète aussi une certaine configuration de l'institutionnalisation de la /pp. 12-13/ littérature canadienne sur laquelle il nous faudra encore réfléchir. À relire la phrase de R. Kroetsh placée en exergue à ce texte, on se rend d'ailleurs compte que le projet d'une histoire littéraire canadienne s'inscrit sans doute aussi dans le deuil permanent d'une vision totalisante de l'histoire. Deuil, qu'après l'écrivain, le critique a fait sien.
Jacques Cardinal
Département de littérature comparée
Université de Montréal
/pp. 13-14/
Annexe
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Contents
Intoduction (A.E.D.)
I.
Third World America: Some Preliminary Considerations
W. J.
Keith.
The Canadian Postmodern: Fiction in English since 1960
L.
Hutcheon.
Tense/Present/Narrative: Reflections on English-Language Short
Fiction in Canada
W.H. New.
After Modernism: English-Canadian Poetry since 1960
S. Neuman.
The Reinvention of the West in Canadian Fiction
A. E. Davidson.
Margaret Atwood and the Politics of Narrative
A. Kolodny.
Semiotic Control: Native peoples in Canadian Literature in English
T. Goldie.
English Critical Discourse in/on Canada
B. Cameron.
II.
The Evolution of French-Canadian Literature to 1960
D.M. Hayne.
Fascism, Marxism, Liberal Democracy: Fifty Years of Québec
Literature
P. Imbert.
The Novel in Québec: The Family Plot and the Personal Voice
M. J. Green.
Past and Present: The Neobaroque Novel in French Canada, C. La Bossière.
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Writing and reading <<Otherwise>>: Québec Women
Writers and the exploration of Difference
K. Gould.
The Hexagon Poets and the Continuing Revolution in Québec
Poetry
D.G. Jones.
Drama in Québec
J. Moss.
Critical Discourse in/on Québec
B. Goddard.
III.
No Clear strait of Anian: Compairing Jacques Poulin and Matt Cohen
P. Stratford.
Native Canadian Literature
R. McGrath and P. Petrone.
Altering the Principles of Mapping: Teaching Canadian and Québec
Literature outside Canada
L. Irvine and P. G. Lewis.
Reading across the Border
R. Kroetsch.
Québec Literature: A brief Bibliographic Guide
A.J. Sénécal.
English-Canadian Literature: A Brief Bibliographic Guide
A.E.
Davidson.
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