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<article>

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<figgrp>
<title>Logo</title>
<fig name="surfaces">
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<titlegrp>
<title>Squattage et terrains vagues</title>
</titlegrp>

<authgrp>
<author>
<fname>Marie</fname>
<surname>Lessard</surname>
<aff>
<orgname>Universit&eacute; de Montr&eacute;al</orgname>
<email>lessardm@ere.umontreal.ca</email>
</aff>
</author>
</authgrp>


<pubfront>

<artid><emph type="3">Surfaces</emph> Vol. VI. 215 (v.1.0F - 15/10/1996)</artid>

<cpyrt>
<cpyrtnme>
<orgname>Tout texte reste la propri&eacute;t&eacute; de son auteur. N&eacute;anmoins, <emph type="3">Surfaces</emph> demande d'&ecirc;tre cit&eacute;e &agrave; l'occasion de toute autre publication du texte en question.</orgname>
</cpyrtnme>
</cpyrt>

<issn>1188-2492</issn>

</pubfront>

<abstract>
<title>R&Eacute;SUM&Eacute;</title>
<p>La lecture des textes de Marguerite Duras,
Kathy Acker et Irmtraud Morgner sugg&egrave;re la
possibilit&eacute; de penser le rapport entre pratiques
d'&eacute;criture et autobiographie en termes de &ldquo;pratiques
de squattage&rdquo;. Je veux expliciter ici ce qui m'apparait
constituer l'int&eacute;r&ecirc;t d'un tel mod&egrave;le lorsque l'on
cherche &agrave; comprendre le rapport liant certaines
pratiques d'&eacute;criture contemporaines &agrave; la tradition
litt&eacute;raire en g&eacute;n&eacute;ral, ainsi  que les modalit&eacute;s
possibles d'une articulation politique entre pratiques
culturelles et tradition, plus sp&eacute;cifiquement entre
pratiques f&eacute;ministes et tradition.</p>
</abstract>

<abstract>
<title>ABSTRACT</title>
<p>The reading of texts by Marguerite Duras,
Kathy Acker, and Irmtraud Morgner hints at the
possibility of thinking the relationship between writing
practices and autobiography in terms of "squatting
practices."  In this text, I seek to indicate what I
consider to be the interest of such a model in trying
to understand the link between certain contemporary
writing practices and the literary tradition in general,
as well as the possible modalities of a political
articulation between cultural practices and tradition, in
particular when those practices derive from feminism.</p>
</abstract>

</front>


<body>

<section>

<p>Mon travail sur la question de l'autobiographie,
telle que celle-ci se pose dans les textes de
Marguerite Duras, de Kathy Acker et de Irmtraud
Morgner<noteref rid="note1">1</noteref>
<note id="note1"><no>1</no><p>Irmtraud Morgner, Allemagne de l'Est (1933-1990), Kathy Acker, U.K. et U.S.A., (1948-...) et Marguerite Duras, France (1914-1996).</p></note>,
m'aura men&eacute;e &agrave; penser le rapport que l'on
retrouve dans ces textes entre pratiques d'&eacute;criture et
autobiographie en termes de &ldquo;pratiques de
squattage&rdquo;. Je veux expliciter ici ce qui m'appara&icirc;t
constituer l'int&eacute;r&ecirc;t d'un tel mod&egrave;le lorsque l'on
cherche &agrave; comprendre le rapport liant certaines
pratiques d'&eacute;criture contemporaines &agrave; la tradition
litt&eacute;raire en g&eacute;n&eacute;ral.</p>


<subsect1>
<title>Pratiques d'&eacute;criture et squattage de l'autobiographie</title>

<p>Il me faut d'abord pr&eacute;ciser comment je veux
penser, ou plut&ocirc;t repenser, ce terme d'autobiographie.
En effet, si l'on se cantonne &agrave; l'acception traditionnelle
du terme, on se trouve forc&eacute;, face &agrave; des textes tels
ceux de Duras, Acker et Morgner, et plus
g&eacute;n&eacute;ralement, au vu du ph&eacute;nom&egrave;ne litt&eacute;raire
contemporain, de se questionner s&eacute;rieusement sur la
pertinence qu'il y a, encore aujourd'hui, &agrave; parler
d'autobiographie et d'entreprise autobiographique. Ainsi,
pourquoi parler encore d'autobiographie, apr&egrave;s les
d&eacute;bats qui ont eu lieu autour de la notion de mort
de l'auteur et de mort du sujet, ainsi qu'apr&egrave;s la
remise en question du r&eacute;gime r&eacute;aliste de
repr&eacute;sentation qui permettait de maintenir en place la
fronti&egrave;re entre v&eacute;rit&eacute; et fiction? Ou, pourquoi en
parler encore, apr&egrave;s qu'eut &eacute;t&eacute; d&eacute;montr&eacute;e par la
critique f&eacute;ministe, la complicit&eacute; de ce type
d'entreprise avec une logique phallocentrique qui aura
&eacute;lev&eacute; au statut d'universel une conception particuli&egrave;re
du sujet, la sienne, et op&eacute;r&eacute;, de ce fait, l'exclusion de
tout ce qui ne relevait pas de cette logique? Et que
penser face &agrave; ces textes qui ne laissent intact ni le
projet, ni les r&egrave;gles formelles, que nous associons
g&eacute;n&eacute;ralement &agrave; l'autobiographie mais ne s'en
r&eacute;f&egrave;rent pas moins constamment &agrave; l'id&eacute;e
d'autobiographie?</p>

<p content="pages">
<pages>/pp.&nbsp;5-6/</pages>
</p>

<p>Or si, effectivement, ces textes indiquent qu'il
existe bel et bien une possibilit&eacute; de penser autrement
l'autobiographie et, pour &ecirc;tre plus pr&eacute;cis &mdash; car, c'est
bien plut&ocirc;t de cela dont il est question &mdash;, le rapport
entre pratiques d'&eacute;criture et autobiographie, me
suffirait-il simplement de chercher &agrave; r&eacute;ajuster, lectures
th&eacute;oriques et &eacute;tude des textes &agrave; l'appui, une
inad&eacute;quation, un d&eacute;calage, qui se serait install&eacute;
entre la r&eacute;alit&eacute; &ldquo;nouvelle&rdquo; des pratiques d'&eacute;criture
autobiographiques contemporaines et une terminologie
critique, des conceptions &ldquo;d&eacute;pass&eacute;es&rdquo; qui limiteraient
notre mani&egrave;re de penser ce type d'&eacute;criture? Un tel
travail, ayant comme horizon une simple ad&eacute;quation
entre langage critique et &ldquo;r&eacute;alit&eacute;&rdquo; litt&eacute;raire,
m'appara&icirc;t de peu de port&eacute;e. Il ne s'agira donc pas
ici de proc&eacute;der &agrave; une revision g&eacute;n&eacute;rique
&ldquo;f&eacute;ministe&rdquo;, qui permettrait, par exemple, une
repr&eacute;sentation plus juste de voix pr&eacute;alablement
exclues ou l'&eacute;tablissement d'une tradition
sp&eacute;cifiquement f&eacute;minine. Il ne s'agira pas non plus
de proc&eacute;der &agrave; une revision g&eacute;n&eacute;rique
&ldquo;postmoderne&rdquo; qui tiendrait compte de la sensibilit&eacute;
contemporaine et permettrait de mettre &agrave; jour, au
diapason d'une sensibilit&eacute; qu'on dirait &ldquo;postmoderne&rdquo;
&mdash; j'utilise ici ce terme dans un sens tr&egrave;s vague qui
lui est souvent attribu&eacute;, &eacute;quivalant plus ou moins au
terme &ldquo;contemporain&rdquo;, ou encore, d&eacute;signant ce qui
vient apr&egrave;s le moderne &mdash;, ou &ldquo;f&eacute;ministe&rdquo;, la
conception traditionnelle de l'entreprise
autobiographique et les r&egrave;gles formelles (g&eacute;n&eacute;riques
ou autres) qui en ont jusqu'ici d&eacute;termin&eacute; la mise en
&eacute;criture. &Eacute;galement, il m'appara&icirc;t d&eacute;nu&eacute; d'int&eacute;r&ecirc;t
de d&eacute;clarer l'autobiographie &ldquo;question d&eacute;pass&eacute;e&rdquo; &mdash;
comme on dirait &ldquo;zone sinistr&eacute;e&rdquo; &mdash;, ou encore de la
d&eacute;clarer &ldquo;r&eacute;actionnaire&rdquo;, uniquement pour m'interroger
ensuite sur une fa&ccedil;on possible d'en r&eacute;ajuster le tir
politique. Et d'ailleurs, &agrave; cet &eacute;gard, une exigence
s'impose, celle de reposer la question du politique afin
d'&eacute;chapper &agrave; une pens&eacute;e qui ne nous laisserait
comme alternative que de qualifier les pratiques
d'&eacute;criture autobiographiques de politiquement
r&eacute;actionnaires ou de r&eacute;volutionnaires. Pour l'instant, si
intrigu&eacute; ou interpell&eacute; par ces textes qui sont de plus
en plus nombreux &agrave; revisiter la notion
d'autobiographie, l'on cherche &agrave; penser une
conception et une politique autres de l'autobiographie,
en quels termes pourrait-on commencer &agrave; les penser?
Et, &agrave; quoi pourrait ressembler, aujourd'hui, une
pratique d'&eacute;criture autobiographique dont la politique
pourrait &ecirc;tre dite f&eacute;ministe?</p>

<p content="pages">
<pages>/pp.&nbsp;6-7/</pages>
</p>

<p>La critique f&eacute;ministe des ann&eacute;es 80 et 90 a
soulev&eacute; la question d'une possible r&eacute;appropriation de
l'autobiographie aux fins d'un ordre du jour f&eacute;ministe.
Elle a propos&eacute; deux alternatives. Tout d'abord,
consid&eacute;rant les limites inh&eacute;rentes &agrave; la conception de
l'autobiographie dont nous avons h&eacute;rit&eacute; de la tradition,
une premi&egrave;re strat&eacute;gie consisterait pour les femmes &agrave;
envahir ce territoire jusqu'ici prioritairement masculin,
c'est-&agrave;-dire &agrave; se gagner un droit d'entr&eacute;e, de
participation au jeu, &agrave; demander &agrave; &ecirc;tre soumises
aux m&ecirc;mes r&egrave;gles que les hommes. En un sens, les
femmes choisissent ici d'acheter des parts dans une
soci&eacute;t&eacute;, de devenir actionnaires; elles se gagnent
ainsi un droit de parole, c'est-&agrave;-dire un acc&egrave;s &agrave;
l'&eacute;criture autobiographique et donc, &eacute;galement, &agrave; la
possibilit&eacute; de se produire elles-m&ecirc;mes en tant que
sujets, mais cela, uniquement dans le cadre des
termes d&eacute;j&agrave; pr&eacute;vus par la loi. On pourrait aussi dire
qu'elles signent un contrat de location qui leur assure
un droit &agrave; la jouissance des lieux, mais uniquement
dans les termes d'un contrat qui d&eacute;finit quelles sont
les limites &eacute;troites &agrave; l'int&eacute;rieur desquelles elles
peuvent intervenir sur ce territoire afin de le modifier.
Bref, une plus grande ouverture est pr&eacute;vue afin de
permettre l'inscription de la diff&eacute;rence, mais les
r&egrave;gles du jeu demeurent intactes: on r&eacute;am&eacute;nage un
tant soit peu le territoire de l'autobiographie, on en
adopte l'id&eacute;e en la modifiant l&eacute;g&egrave;rement, mais ces
r&eacute;am&eacute;nagements demeurent soumis aux lois
pr&eacute;alablement dict&eacute;es par le langage, l'usage, le
genre. La diff&eacute;rence se retrouve int&eacute;gr&eacute;e, assimil&eacute;e
&ldquo;dans&rdquo; l'autobiographie, mais sans que la d&eacute;finition
de ce terme ne soit jamais remise en question.</p>

<p>Une seconde strat&eacute;gie consisterait pour les femmes
&agrave; se gagner l'acc&egrave;s &agrave; la propri&eacute;t&eacute; du territoire de
l'autobiographie en signant un contrat qui &eacute;tablirait,
non seulement leurs droits de propri&eacute;t&eacute;, mais
&eacute;galement leurs droits &agrave; l&eacute;gif&eacute;rer sur ce territoire.
De cette mani&egrave;re, elles obtiendraient le droit de
r&eacute;am&eacute;nager celui-ci comme elles l'entendent, selon
leurs propres lois, c'est-&agrave;-dire de d&eacute;cider des r&egrave;gles
qui pr&eacute;vaudraient &ldquo;en autobiographie&rdquo;: r&egrave;gles
d'&eacute;criture, r&egrave;gles narratives, r&egrave;gles g&eacute;n&eacute;riques
nouvelles. Elles seraient libres d'instaurer un nouveau
genre, une tradition alternative, qui trouverait son
fondement dans une id&eacute;e nouvelle de l'autobiographie
et permettrait l'expression d'une 
<pages>/pp.&nbsp;7-8/</pages>
 exp&eacute;rience
sp&eacute;cifiquement f&eacute;minine. Mais l'adoption d'une telle
strat&eacute;gie ne va pas sans soulever quelques questions
importantes. D'une part, si la souverainet&eacute; de tout
propri&eacute;taire &agrave; l&eacute;gif&eacute;rer sur son territoire est toujours
limit&eacute;e par les r&egrave;glements de zonage municipaux, les
lois provinciales, f&eacute;d&eacute;rales ou nationales, c'est-&agrave;-dire
par des lois d'un ordre sup&eacute;rieur, on peut penser
que, dans le cas de l'autobiographie, tout effort fait
pour &eacute;chapper &agrave; la tradition, pour tout effacer et
repartir librement &agrave; z&eacute;ro, demeurera vain puisque
toute nouvelle tentative d'&eacute;criture demeurera soumise
aux lois du langage. En un sens, le territoire de
l'autobiographie demeure pi&eacute;g&eacute;, min&eacute;, par sa
d&eacute;pendance au langage.</p>

<p>Un autre probl&egrave;me concerne la loi qui aura cours
sur ce territoire de l'autobiographie f&eacute;minine. On
pourrait se demander, par exemple, quelles seront les
conditions d'admission aux fronti&egrave;res de ce nouveau
territoire? Demandera-t-on que chacune pr&eacute;sente une
preuve de son appartenance au genre sexuel f&eacute;minin?
Ou bien le droit d'entr&eacute;e sera-t-il accord&eacute; &agrave; toutes
celles, et tous ceux, qui accepteront de se conformer
&agrave; la loi du nouveau genre litt&eacute;raire et souscriront &agrave;
la nouvelle id&eacute;e de l'autobiographie qui aura &eacute;t&eacute; mise
de l'avant? On peut d&eacute;j&agrave; pr&eacute;voir qu'une difficult&eacute;
similaire se pr&eacute;sentera dans les deux cas, c'est-&agrave;-dire
lorsqu'il s'agira de faire respecter la loi du genre
litt&eacute;raire ou celle du genre sexuel. D'une part, toute
nouvelle loi risque fort de reproduire le m&ecirc;me effet
d'applatissement des diff&eacute;rences qui caract&eacute;risait la
loi de l'autobiographie traditionnelle, car, une fois
encore, &ldquo;une&rdquo; diff&eacute;rence singuli&egrave;re sera instaur&eacute;e
comme &eacute;tant &ldquo;la&rdquo; diff&eacute;rence qui compte, la seule &agrave;
avoir droit de cit&eacute; et d'acc&egrave;s &agrave; la repr&eacute;sentation.
D'autre part, si c'est la preuve d'appartenance au
genre sexuel f&eacute;minin qui est exig&eacute;e de ceux et
celles qui d&eacute;sirent avoir acc&egrave;s &agrave; ce territoire &mdash; ce
qui pourrait assurer qu'une fois ce crit&egrave;re respect&eacute;,
des divergences d'opinion puissent &ecirc;tre exprim&eacute;es &mdash;
on peut se demander comment une telle &eacute;vidence
devra &ecirc;tre &eacute;tablie. Ainsi, lequel des trois &ldquo;je(s)&rdquo;
identifi&eacute;s par Lejeune<noteref rid="note2">2</noteref>
<note id="note2"><no>2</no><p>Lejeune, Philippe, &ldquo;Le Pacte autobiographique&rdquo;, Po&eacute;tique, 14, 1973.</p></note> fera-t-il
foi de l'appartenance au
sexe f&eacute;minin ou masculin? Ou encore, laquelle parmi
les cat&eacute;gories identifi&eacute;es par Judith Butler dans son

<pages>/pp.&nbsp;8-9/</pages>
 livre <emph type="2">Gender Trouble</emph> sera d&eacute;clar&eacute;e
d&eacute;terminante: anatomie sexu&eacute;e, identit&eacute; sexuelle
(&ldquo;gender identity&rdquo; ou &ldquo;gender performance&rdquo;),
c'est-&agrave;-dire trois dimensions contingentes &mdash; et
possiblement dissonantes &mdash; d'une corporalit&eacute;
signifiante que la pratique du <emph type="2">drag</emph> met en &eacute;vidence<noteref rid="note3">3</noteref>
<note id="note3"><no>3</no><p>Judith Butler Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity. Routledge, New York, 1990, p. 137.</p></note>.
Quoiqu'il en soit, qu'une loi s'applique, celle de
l'appartenance au genre sexuel ou celle de
l'appartenance au genre litt&eacute;raire, on devra se
demander si ce n'est pas justement la loi du genre
elle-m&ecirc;me qui fait probl&egrave;me et, plus
fondamentalement peut-&ecirc;tre, la loi de la propri&eacute;t&eacute; &mdash;
dans les deux sens de &ldquo;l'usage propre ou impropre
d'une chose en regard d'une loi&rdquo;, ou encore, dans
son sens plus classique de propri&eacute;t&eacute; l&eacute;gale &mdash;, qui
fait v&eacute;ritablement probl&egrave;me.</p>

<p>J'aimerais, &agrave; titre d'hypoth&egrave;se, indiquer la
possibilit&eacute; de penser autrement le rapport entre
pratiques d'&eacute;criture et autobiographie. Ce mod&egrave;le
m'est inspir&eacute; par ma compr&eacute;hension de l'&eacute;conomie
qui lie ces deux variables dans les textes de Kathy
Acker. En effet, on ne peut &eacute;viter de s'interroger sur
la nature particuli&egrave;re des rapports qu'entretiennent les
pratiques d'&eacute;criture que l'on retrouve dans ces textes
avec la tradition autobiographique, alors m&ecirc;me que
ceux-ci sont le produit d'une pratique d'&eacute;criture
fond&eacute;e sur le plagiat, le recyclage, l'imitation, la
parodie et le pillage syst&eacute;matique des multiples
sources textuelles offertes par la culture contemporaine
et la tradition occidentale. Je fais l'hypoth&egrave;se que le
mod&egrave;le que je d&eacute;veloppe ici permettrait &eacute;galement
de rendre tr&egrave;s bien compte du rapport
qu'entretiennent avec l'autobiographie les pratiques
d'&eacute;criture que l'on retrouve dans les textes de Duras
et Morgner. Une alternative aux strat&eacute;gies
consid&eacute;r&eacute;es ci-haut consisterait &agrave; d&eacute;cider d'occuper
ill&eacute;galement le territoire de l'autobiographie,
c'est-&agrave;-dire de &ldquo;squatter&rdquo;<noteref rid="note4">4</noteref>
<note id="note4"><no>4</no><p>Le Petit Robert accepte &ldquo;squatter&rdquo; ou &ldquo;squatteriser&rdquo; comme forme francaise du verbe anglais &ldquo;to squat&rdquo;. On parlera &eacute;galement d'un squatter en faisant r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la personne qui s'adonne &agrave; une telle activit&eacute;. On dira &eacute;galement, &ldquo;faire du squattage&rdquo;. </p></note> celui-ci.
Ce 
<pages>/pp.&nbsp;9-10/</pages>

verbe est d&eacute;fini comme suit: &ldquo;to settle on land, esp.
public or unoccupied land without right or title.(...) to
occupy illegally an empty abandoned, or condemned
house, building, apartment, etc. &rdquo;<noteref rid="note5">5</noteref>
<note id="note5"><no>5</no><p>Webster's New World Dictionary of American English. Webster New World, Cleveland & New York, 1988 (Simon & Schuster Inc.), p. 1301.</p></note>. Le
&ldquo;squatter&rdquo;,
pour sa part, serait cette personne &ldquo;who takes
unauthorized possession of unoccupied premisses&rdquo;<noteref rid="note6">6</noteref>
<note id="note6"><no>6</no><p>The Concise Oxford Dictionary. Clavendon Press, Oxford, Oxford U. Press, 1990, p. 1182.</p></note>.

Qu'est-ce que &ccedil;a pourrait bien signifier, pour une
pratique d'&eacute;criture, que de squatter le terrain de
l'autobiographie?</p>

<p>Dans un premier temps, une telle approche
demande que l'on consid&egrave;re l'autobiographie &mdash; et
peut-&ecirc;tre m&ecirc;me la tradition litt&eacute;raire et la culture
occidentales dans leur ensemble &mdash; comme un terrain
laiss&eacute; vacant et &agrave; l'abandon par un propri&eacute;taire
absent ou, du moins, fort difficile &agrave; retracer. Dans le
contexte actuel de mondialisation et de d&eacute;clin de
l'&Eacute;tat nation, ce mod&egrave;le ne me semble pas du tout
inappropri&eacute;. En effet, on pourrait dire, figurativement,
que l'&Eacute;tat nation, qui s'est longtemps proclam&eacute; le
&ldquo;propri&eacute;taire&rdquo; attitr&eacute; de ces deux valeurs que sont
la culture et la litt&eacute;rature, se r&eacute;clame de moins en
moins d'elles. Ayant perdu la fonction id&eacute;ologique
centrale qui fut la leur (ainsi, la production d'un sujet
national et la production d'un sujet de droit individuel)
et ne faisant plus, &agrave; la limite, aucune diff&eacute;rence pour
l'&Eacute;tat nation<noteref rid="note7">7</noteref>
<note id="note7"><no>7</no><p>Consulter &agrave; cet &eacute;gard l'int&eacute;ressante analyse de Bill Readings dans The University in Ruins, Harvard University Press, 1996.</p></note>, la
culture et la litt&eacute;rature se retrouvent
avec un statut qui n'est peut-&ecirc;tre pas si loin de celui
du terrain vague<noteref rid="note8">8</noteref>
<note id="note8"><no>8</no><p>Leur valeur symbolique potentielle est toujours bien r&eacute;elle, mais elle est d&eacute;sormais comparable &agrave; celle de n'importe quel bien &eacute;conomique.</p></note>, tour
&agrave; tour bidonville, immeuble
abandonn&eacute; et d&eacute;potoir de la culture occidentale. En
effet, si personne ne r&eacute;clame plus la propri&eacute;t&eacute; de
ces terrains vagues, si n'importe qui peut les occuper,
c'est bien parce que leur propri&eacute;t&eacute; n'est plus li&eacute;e &agrave;
aucun enjeu en 
<pages>/pp.&nbsp;10-11/</pages>
 regard d'une loi du
march&eacute; qui n'est plus nationale mais mondiale. Et on
peut penser que si leur occupation repr&eacute;sentait encore
un enjeu strat&eacute;gique quelconque, un m&eacute;canisme de
contr&ocirc;le serait &eacute;tabli afin de limiter l'acc&egrave;s &agrave; ce
territoire: aucun squatter ne serait tol&eacute;r&eacute;. Enfin, des
investissements seraient faits afin de rendre possible
une protection et un d&eacute;veloppement de ces territoires
de la culture et de la litt&eacute;rature et afin de contr&ocirc;ler
les modalit&eacute;s de leur am&eacute;nagement. Mais, qui se
soucierait d'investir afin de prot&eacute;ger un territoire qui
ne porte plus &agrave; cons&eacute;quence? On proc&eacute;dera plut&ocirc;t,
par exemple dans les universit&eacute;s, &agrave; d'importantes
coupures budg&eacute;taires qui menaceront vite l'existence
des d&eacute;partements d'&eacute;tudes litt&eacute;raires. Les
d&eacute;nominations de &ldquo;territoire abandonn&eacute;&rdquo; ou plut&ocirc;t
de terrain &ldquo;vague&rdquo; de la culture prennent ici tout
leur sens. En effet, on ne peut plus v&eacute;ritablement
parler de &ldquo;territoire&rdquo; puisque, dans le cas qui nous
int&eacute;resse, le site en question n'est plus revendiqu&eacute; &mdash;
c'est &agrave; dire &eacute;galement d&eacute;fendu et prot&eacute;g&eacute; &mdash; ni par
une communaut&eacute; humaine donn&eacute;e qui s'identifierait &agrave;
celui-ci<noteref rid="note9">9</noteref>
<note id="note9"><no>9</no><p>Cette forme de revendication demeure tout de m&ecirc;me plus r&eacute;elle en Europe de l'Ouest que sur le continent nord-am&eacute;ricain o&ugrave; une telle identification ne suffit pas &agrave; faire obstace &agrave; l'abandon des politiques d'&ldquo;approvisionnement&rdquo; de ces territoires par les politiques &eacute;tatiques. Par ailleurs, les efforts de revendication de la culture par des pratiques individuelles (plut&ocirc;t qu'&eacute;tatiques ou juridiques) telles celles qui ont &eacute;t&eacute; traditionnellement encourag&eacute;es par les d&eacute;partements de litt&eacute;rature nationale demeurent assujettis &agrave; une conception f&eacute;tichis&eacute;e de la culture dont on cherche surtout &agrave; s'approprier le capital symbolique. On peut pr&eacute;voir que ces efforts, en autant qu'ils demeureront le fait d'individus isol&eacute;s et resteront prisonniers d'une logique et d'un horizon d'appropriation et de conservation &mdash; on vise &agrave; devenir &ldquo;d&eacute;positaire&rdquo; d'une origine, la culture ou la tradition &mdash; s'av&egrave;reront &eacute;galement insuffisants pour emp&ecirc;cher la g&eacute;n&eacute;ralisation de cette sorte de &ldquo;devenir terrain vague&rdquo; de la culture dont il est ici question. Mon argument prend pour point de d&eacute;part qu'un tel ph&eacute;nom&egrave;ne est in&eacute;vitable et qu'il s'agit surtout de trouver des strat&eacute;gies permettant, face &agrave; une telle situation, de penser les modalit&eacute;s politiques possibles d'un rapport &agrave; la tradition. </p></note>, ni
par une collectivit&eacute; politique nationale, ni
par une autorit&eacute; ou une juridiction donn&eacute;e. Bref, on
n'a plus affaire &agrave; un territoire du tout.</p>

<p>Pour retourner &agrave; la question plus sp&eacute;cifique de
l'autobiographie, qu'est-ce que cela signifierait, pour

<pages>/pp.&nbsp;11-12/</pages>
 une pratique d'&eacute;criture, de &ldquo;squatter&rdquo; ce
terrain vague qu'est d&eacute;sormais l'autobiographie, comme
l'on squate, &agrave; Paris ou &agrave; Hamburg<noteref rid="note10">10</noteref>
<note id="note10"><no>10</no><p>&ldquo;Hamburg: Gerichtsentscheid &uuml;ber den Pachtvertrag f&uuml;r die Hafenstrasse: Der Anfang vom Ende eines Symbols. Zehn Jahre nach der H&auml;userbesetzung in St. Pauli scheint aus dem einstigen politischen Streitobjeckt nurmehr ein juristisches Problem geworden zu sein&rdquo;, S&uuml;ddeutsche Zeitung, Nr. 255, Seite 3, Dienstag, 5 November 1991.</p></note>, les
immeubles
abandonn&eacute;s? Cela signifierait, par le biais de
l'&eacute;criture, occuper ill&eacute;galement ce site abandonn&eacute; et
le r&eacute;am&eacute;nager en pillant tout ce qu'on y trouve, une
pratique exigeant du squatter la capacit&eacute; de
transformer ce qu'il rencontre, de le r&eacute;utiliser &agrave; des
fins imm&eacute;diates qui seront fort probablement
diff&eacute;rentes de celles pr&eacute;vues &agrave; l'origine, des fins
h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes et m&eacute;tisses qui ne sont pr&eacute;vues ni par
les codes des r&egrave;glements municipaux, ni par les
normes litt&eacute;raires ou g&eacute;n&eacute;riques. Dans le cas qui
nous int&eacute;resse, ce mod&egrave;le du &ldquo;squattage&rdquo; s'av&egrave;re
particuli&egrave;rement int&eacute;ressant puisqu'il &eacute;voque tout &agrave;
la fois plusieurs termes, du pillage au recyclage, de
l'anthropophagisme au phagocytage en passant par le
parasitage, qui ont &eacute;t&eacute; propos&eacute;s, tour &agrave; tour, par la
critique comme autant de mod&egrave;les qui pourraient nous
aider &agrave; repenser les rapports possibles &agrave; une tradition
litt&eacute;raire europ&eacute;o-centrique, ou phallogocentrique.</p>

<p>Penser un tel rapport &agrave; l'autobiographie
impliquerait en premier lieu que l'on envisage en
aborder l'&eacute;tude sans avoir recours &agrave; aucune &ldquo;id&eacute;e&rdquo;
de l'autobiographie<noteref rid="note11">11</noteref>
<note id="note11"><no>11</no><p>Bill Readings, "Identity Crisis: The University and Culture", ACCUTE Newsletter,1993.</p></note>.
D'une part, parce que les termes
de cette occupation ne sont pr&eacute;vus par aucune loi.
En effet, aucun contrat n'a pu &ecirc;tre sign&eacute;. De plus,
si, en principe, ce site est toujours soumis &agrave; la loi,
de facto, personne ne se soucie plus de savoir si
celle-ci est respect&eacute;e ou non: il sera donc impossible
de penser la politique de cette occupation en termes
de confrontation, de transgression, de subversion ou
de r&eacute;volution face &agrave; une quelconque loi, une id&eacute;e,
une politique de l'autobiographie qui aurait eu cours.
D'autre part, comme le squatter ne peut acqu&eacute;rir de
droit 
<pages>/pp.&nbsp;12-13/</pages>
 l&eacute;gal sur le site ou le b&acirc;timent qu'il
occupe, ni de droit de le gouverner et d'en r&eacute;diger les
lois, il ne ne peut se permettre, non plus, d'&eacute;riger en
loi sa propre id&eacute;e de l'autobiographie.</p>

<p>J'insiste sur l'&eacute;l&eacute;ment incontournable d'ill&eacute;galit&eacute;
qui se trouve associ&eacute; &agrave; cette pratique. Celle-ci, en
effet, ne s'autorise pas de la loi. Bien s&ucirc;r, comme on
l'a pressenti plus haut, les menaces de se faire &eacute;vincer
par les forces de l'ordre sont faibles: personne ne
prendra plus la peine de vous contester le recours &agrave;
ce terme ou de vous interdire une utilisation
transgressive de sa tradition. La loi tol&egrave;rera la
pr&eacute;sence du squatter tant et aussi longtemps que le
terrain occup&eacute;, ici celui de l'autobiographie,
demeurera sans valeur pour l'ordre symbolique et
&eacute;conomique. Entre temps, ce dernier ne poss&egrave;de
aucun titre de propri&eacute;t&eacute;, aucune forme de
l&eacute;gitimation autre que sa pratique d'occupation. Ne
poss&eacute;dant pas le droit de fixer, par une d&eacute;finition ou
un ensemble de lois, ce qu'est l'autobiographie, le
squatter ne pourra l&eacute;gitimer un appel &agrave; ce terme
que par une r&eacute;f&eacute;rence aux pratiques d'&eacute;criture,
singuli&egrave;res, ponctuelles et changeantes qui seront les
siennes. Pour en revenir &agrave; mon id&eacute;e de d&eacute;part,
squatter ce terrain vague qu'est d&eacute;sormais
l'autobiographie ce serait penser l'autobiographie sans
avoir recours &agrave; une conception, m&ecirc;me nouvelle, de
celle-ci: l'autobiographie n'est plus, &agrave; ce titre, que ce
qu'en font &mdash; et parviennent &agrave; en faire &mdash; les textes.
L'autobiographie n'aurait plus d'identit&eacute; propre, elle ne
serait plus d&eacute;finie que par des performances
singuli&egrave;res et des pratiques locales.</p>

<p>De ce fait, le squatter n'aura-t-il donc de comptes
&agrave; rendre &agrave; personne, ne sera-t-il redevable envers
aucune loi? Il est important de rappeler ici tout ce
qu'un tel mode d'occupation a de n&eacute;cessairement
pr&eacute;caire: c'est un mode d'occupation temporaire, sans
statut, incertain, qui doit se passer d'autorisation et de
l&eacute;gitimit&eacute;. Il faut surtout souligner le fait qu'il ne
renvoie jamais &agrave; une position de souverainet&eacute; ou
d'autonomie, qu'il ne renvoie justement pas &agrave; un
exercice de pure exp&eacute;rimentation ludique. Tout au
contraire, il d&eacute;finit une position de forte
h&eacute;t&eacute;ronomie: la forme que prendra cette occupation
d&eacute;pendra de ce qu'on voudra bien en faire, mais,
&eacute;galement, de ce qu'on &ldquo;pourra&rdquo; en faire. Si 
<pages>/pp.&nbsp;13-14/</pages>
 j'ai tout d'abord parl&eacute; d'une pratique d'&eacute;criture
qui squatte et hante activement le site de
l'autobiographie, il faut voir que celle-ci se retrouve
aussi hant&eacute;e par l'autobiographie, c'est-&agrave;-dire par la
tradition. Squatter le terrain vague de l'autobiographie,
c'est envisager occuper et am&eacute;nager un terrain &agrave;
usage ind&eacute;fini mais, en m&ecirc;me temps, fortement
d&eacute;termin&eacute;. Car il faut compter avec la mat&eacute;rialit&eacute;
de ce terrain qui demeure marqu&eacute;, min&eacute;, par ses
occupations pr&eacute;c&eacute;dentes; un terrain sur lequel la
temporalit&eacute; s'inscrit comme une accumulation de
traces. Ainsi, la tradition, avec tout son bagage de
pr&eacute;suppos&eacute;s philosophiques, de prescriptions formelles
et g&eacute;n&eacute;riques, y aura laiss&eacute; son empreinte. Si, au
premier abord, il peut sembler que toute libert&eacute; est
laiss&eacute;e au squatter pour inventer, transgresser ou
r&eacute;&eacute;crire la tradition, il faut se souvenir que c'est
aussi &agrave; partir de ce qui aura &eacute;t&eacute; laiss&eacute; derri&egrave;re
par ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs que tout nouveau texte
s'&eacute;crira. Ainsi, les d&eacute;terminations rencontr&eacute;es en
cours d'&eacute;criture, et avec lesquelles l'&eacute;criture devra
ruser, seront multiples et impr&eacute;visibles. Il faudra
compter avec les sentiers d&eacute;j&agrave; trac&eacute;s qui inviteront
la simple r&eacute;p&eacute;tition et, &eacute;galement, avec l'illusion de
la possibilit&eacute; d'une innovation absolue. Mais, du fait
de sa position pr&eacute;caire, le squatter ne pourra &eacute;viter
la confrontation avec certains imp&eacute;ratifs tout &agrave; fait
pragmatiques: s'il doit ruser avec la tradition, ce sera
toujours en fonction d'une demande pour des solutions
locales et ponctuelles (Kathy Acker parlera d'une
production de &ldquo;myths to live by&rdquo;<noteref rid="note12">12</noteref>
<note id="note12"><no>12</no><p>&ldquo;Devoured by Myths. An Interview with Sylv&egrave;re Lotringer&rdquo; in Kathy Acker, Hannibal Lecter, My Father. ed. Sylv&egrave;re Lotringer, Semiotext(e) Native Agents Series, New York, 1991.</p></note>).
Selon moi,
prendre s&eacute;rieusement en consid&eacute;ration cet ordre de
d&eacute;termination permettrait de r&eacute;introduire, dans notre
pens&eacute;e de l'autobiographie, une exigence &agrave; la fois
pragmatique, ponctuelle et situationnelle, c'est-&agrave;-dire
en ce sens, une exigence politique.</p>

<p>M'int&eacute;ressant &agrave; l'&eacute;ventail des rapports possibles
entre pratiques d'&eacute;criture et autobiographie, je
m'interroge plus particuli&egrave;rement sur les rapports de
n&eacute;gociation qui s'instaureront entre ces pratiques
d'&eacute;criture et 1) l'autobiographie en tant qu'instance
narrative visant l'inscription de l'identit&eacute;, 2) 
<pages>/pp.&nbsp;14-15/</pages>
 l'autobiographie telle qu'elle se trouve
n&eacute;cessairement marqu&eacute;e par la question du genre et
enfin, 3) l'autobiographie telle qu'elle se trouve
n&eacute;cessairement marqu&eacute;e par la question du <emph type="2">gender</emph>
ou de la diff&eacute;rence sexuelle. En d'autres mots, je
comprendrai la narrativit&eacute;, le genre et le <emph type="2">gender</emph>,
comme autant de termes ayant jusqu'&agrave; pr&eacute;sent servi
&agrave; nommer, &agrave; cartographier ce lieu incertain qu'est
l'autobiographie. Toute tentative d'occupation nouvelle
de celui-ci, celle que vise ce travail de r&eacute;flexion,
comme celle des textes de Duras, Acker et Morgner,
ne pourra faire l'&eacute;conomie d'une n&eacute;gociation avec
ces trois termes.</p>

<p>Dans un premier temps, on pourrait se demander
comment pourrait s'articuler, dans le cadre de ce
rapport entre &eacute;criture et autobiographie en tant
qu'instance narrative, une pens&eacute;e autre du sujet et de
l'identit&eacute;. Car il existe bel et bien une politique de
l'autobiographie traditionnelle qui d&eacute;termine les r&egrave;gles
de repr&eacute;sentation, et donc de production de sujets et
d'identit&eacute;s, et qui pr&ecirc;te &agrave; ces r&egrave;gles toute
l'&eacute;vidence et la transparence de faits naturels. Or
l'articulation entre pratiques d'&eacute;criture et
autobiographie pourrait fonctionner comme le site
privil&eacute;gi&eacute; d'une lutte politique touchant cette question.
Je fais l'hypoth&egrave;se que c'est, entre autres, un tel site
politique qui se trouve &ldquo;squatt&eacute;&rdquo;, occup&eacute; et
r&eacute;am&eacute;nag&eacute;, par des pratiques d'&eacute;criture telles celles
de Duras, Acker et Morgner. M&ecirc;me si les angles
d'attaque et les strat&eacute;gies utilis&eacute;s s'av&egrave;rent diff&eacute;rents
d'une oeuvre &agrave; l'autre, c'est du c&ocirc;t&eacute; d'une remise en
question, d'une d&eacute;-naturalisation g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de telles
r&egrave;gles implicites &mdash; qui dans notre soci&eacute;t&eacute;
d&eacute;terminent bien plus que la production de r&eacute;cits
litt&eacute;raires &mdash;, que l'on peut minimalement situer la
politique des textes de Duras, Acker et Morgner.</p>

<p>Dans un deuxi&egrave;me temps, il faut pr&ecirc;ter attention
au rapport au genre qui, dans chacune des oeuvres
&eacute;tudi&eacute;es, n'est jamais absent, neutre, ou indiff&eacute;rent.
On ne peut simplement pas &eacute;viter d'y r&eacute;fl&eacute;chir.  Le
texte de Jacques Derrida,  &ldquo;La loi du genre&rdquo;<noteref rid="note13">13</noteref>
<note id="note13"><no>13</no><p>Conf&eacute;rence pr&eacute;sent&eacute;e au Colloque International sur le genre &agrave; l'Universit&eacute; de Strasbourg en juillet 1979. Publi&eacute;e dans Glyph. Textual Studies. Actes du Strasbourg Colloquium: Genre. A Selection of Papers. The Johns Hopkins University Press, Baltimore and London, num&eacute;ro 7, 1980.</p></note>, 
ouvre  
<pages>/pp.&nbsp;15-16/</pages>
  une voie int&eacute;ressante, pour qui
cherche &agrave; aborder  autrement la notion de genre.
Rapidement, alors m&ecirc;me que celle-ci nous renvoie
spontan&eacute;ment &agrave; des notions de limite, de norme et
d'interdit, Derrida propose que nous nous int&eacute;ressions
plut&ocirc;t, par un &eacute;trange retournement des choses, &agrave;
l'ancrage de celui-ci dans ce qu'il nomme &ldquo;la loi de
la loi du genre&rdquo;, c'est-&agrave;-dire dans un &ldquo;principe de
contamination, une loi d'impuret&eacute;, une &eacute;conomie du
parasite (...) une sorte de participation sans
appartenance&rdquo;<noteref rid="note14">14</noteref>
<note id="note14"><no>14</no><p>&ldquo;(...) perturbation essentielle qui peut &ecirc;tre qualifi&eacute;e d'impuret&eacute;, corruption, contamination, d&eacute;composition, perversion, d&eacute;formation, canc&eacute;risation m&ecirc;me, prolif&eacute;ration g&eacute;n&eacute;reuse ou d&eacute;g&eacute;n&eacute;rescence&rdquo;. Dans Jacques Derrida, &ldquo;La loi du genre&rdquo;, Glyph. Textual Studies. Actes du Strasbourg Colloquium: Genre, p. 179-80. </p></note>,
bref, dans cette impossibilit&eacute;
fondamentale qu'il y aurait &agrave; respecter tout interdit,
toute fronti&egrave;re. D&egrave;s lors, au lieu de penser le genre
comme un appareil dont la fonction principale serait
d'ordonner, de maintenir &agrave; l'ordre, de contr&ocirc;ler les
fronti&egrave;res, on le penserait &agrave; partir de cet in&eacute;vitable
et incessant d&eacute;bordement des fronti&egrave;res qui appelle
et fonde tout travail ult&eacute;rieur d'ordonnance des
genres. L'une des fa&ccedil;ons de penser la r&eacute;sistance du
genre aux diverses analyses qui s'efforcent d'en fixer
la forme ou l'identit&eacute; &mdash; ou encore, de penser la
propension de l'autobiographie &agrave; demeurer terrain
vague ou variable incertaine &mdash; consisterait &agrave;
consid&eacute;rer celle-ci comme relevant de cette loi de la
loi du genre qu'invoque Derrida. Or, ce principe
d'incessant d&eacute;bordement des fronti&egrave;res, de
contamination et d'impuret&eacute;, cette &eacute;conomie du
parasite &mdash; je parlais de squattage &mdash;, cette
participation sans appartenance &mdash; je parlais
d'occupation ponctuelle, temporaire et de l'impossibilit&eacute;
d'obtenir un droit de propri&eacute;t&eacute; &mdash;, renvoie exactement
&agrave; ce qui m'int&eacute;resse tout particuli&egrave;rement dans les
textes de Duras, de Acker et de Morgner, c'est-&agrave;-dire
&agrave; leur mode d'occupation de l'autobiographie en tant
que genre. Un tel refus d'assigner l'autobiographie &agrave;
demeure et de fixer son identit&eacute; m'appara&icirc;t comme
la seule fa&ccedil;on possible de penser ensemble les
pratiques d'&eacute;criture qui sont ici &agrave; l'&eacute;tude et 
<pages>/pp.&nbsp;16-17/</pages>
 la notion d'autobiographie. Notons &agrave; cet &eacute;gard
que la probl&eacute;matique identit&eacute; du genre &agrave; lui-m&ecirc;me,
ou encore de celle du texte &agrave; lui-m&ecirc;me &mdash; lorsqu'il
y a, par exemple, r&eacute;p&eacute;tition &mdash;, du texte au nom
propre dont il porte la signature &mdash; lorsqu'il y a
plagiat &mdash;, ou encore du sujet &agrave; lui-m&ecirc;me &mdash; dans
l'&eacute;conomie du texte autobiographique &mdash;, nous renvoie
sans cesse &agrave; consid&eacute;rer l'int&eacute;r&ecirc;t qu'il y aurait &agrave;
privil&eacute;gier non plus les termes d'&ldquo;identit&eacute;&rdquo; et de
&ldquo;propri&eacute;t&eacute;&rdquo; mais plut&ocirc;t ceux de &ldquo;pratiques&rdquo; et de
&ldquo;performances&rdquo;.</p>

<p>Enfin, je souligne que lorsque je parle
d'ordonnance des genres, j'entends ordonnance des
genres litt&eacute;raires bien s&ucirc;r, mais &eacute;galement
ordonnance des genres sexuels (ou <emph type="2">genders</emph>), dont
l'intersection avec l'&eacute;criture autobiographique
m'int&eacute;resse tout particuli&egrave;rement dans ma lecture des
textes. Les critiques f&eacute;ministes ont clairement montr&eacute;
que l'autobiographie, qui a longtemps &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;e
comme le discours d'un sujet universel et neutre, &eacute;tait
en r&eacute;alit&eacute; une pratique d'inscription des r&eacute;cits qui, si
elle pouvait &ecirc;tre d&eacute;finie comme &eacute;tant le propre de
la tradition moderniste, pouvait &eacute;galement l'&ecirc;tre
comme &eacute;tant le propre de la tradition
phallologocentrique d&eacute;nonc&eacute;e entre autres par
Derrida. Dans cette optique, il faudrait penser
l'autobiographie comme une pratique d'inscription des
r&eacute;cits qui se trouve soumise &agrave; la loi d'une
d&eacute;termination g&eacute;n&eacute;rique, non plus seulement
litt&eacute;raire mais &eacute;galement sexuelle. Mais, de quelle
mani&egrave;re le genre sexuel marque-t-il effectivement ces
rapports? Comme on l'a vu plus haut, la notion
d'&ldquo;autobiographie f&eacute;minine&rdquo; soul&egrave;ve quelques
probl&egrave;mes. Je fais l'hypoth&egrave;se que le jeu de la
diff&eacute;rence sexuelle rel&egrave;vera d'une r&eacute;alit&eacute; complexe
dont l'opposition binaire classique, et exclusive, entre
appartenance au genre f&eacute;minin et au genre masculin
ne suffira pas &agrave; rendre compte. Il faudrait distinguer
entre, d'une part, l'existence de cette diff&eacute;rence
ind&eacute;terminable que serait la diff&eacute;rence sexuelle, et
qui renverrait &agrave; une sorte de &ldquo;loi de la loi du
genre&rdquo;, et de l'autre, l'ensemble de toutes ces lois et
r&egrave;gles g&eacute;n&eacute;riques qui tentent vainement d'ordonner et
de maintenir &agrave; l'ordre, par le biais de lois
d'appartenance et d'un contr&ocirc;le des fronti&egrave;res, le jeu
de cette diff&eacute;rence. On pourrait ainsi penser le genre
sexuel, &agrave; l'instar du genre litt&eacute;raire,  comme 
d&eacute;pendant de cette  &ldquo;loi de la loi du genre&rdquo;,  
<pages>/pp.&nbsp;17-18/</pages>
  qui serait la condition m&ecirc;me de possibilit&eacute; de
toute tentative visant &agrave; r&eacute;glementer et &agrave; contr&ocirc;ler cet
insaisissable jeu de la diff&eacute;rence.</p>

<p>D&egrave;s lors, au lieu d'aborder la question du genre
&agrave; partir d'une quelconque &ldquo;loi du genre&rdquo;, je choisis
de l'aborder &agrave; partir de cet in&eacute;vitable et incessant
d&eacute;bordement des fronti&egrave;res qui appelle et fonde tout
travail ult&eacute;rieur d'ordonnance des genres. Je fais
l'hypoth&egrave;se qu'il en serait de m&ecirc;me de l'identit&eacute; du
texte &agrave; lui-m&ecirc;me, du sujet &agrave; lui-m&ecirc;me, du texte &agrave;
son genre ainsi que du texte ou du sujet &agrave; un genre
sexuel. Dans chaque cas, une identit&eacute; se trouve fix&eacute;e
par la loi du genre, qui repose elle-m&ecirc;me sur sa
propre impossibilit&eacute;. En effet, peut-on parler du propre
et de l'appartenance, que ce soit &agrave; un nom, une
signature, un &ldquo;je&rdquo; autobiographique, un genre
litt&eacute;raire ou un genre sexuel, s'il n'y a pas d&eacute;j&agrave; de
l'alt&eacute;rit&eacute;, de l'impropre, de l'impuret&eacute; &agrave; partir
desquels pourrait se cristaller ce sentiment
d'appartenance, se construire ce propre, dont
l'impossibilit&eacute; m&ecirc;me s'av&egrave;re la condition fondatrice
de la constitution identitaire?</p>

<p>Il faudrait consid&eacute;rer en quoi cette suggestion de
Derrida, de penser &agrave; partir de cet &ldquo;autre&rdquo; du genre,
se distingue d'une pens&eacute;e de l'autobiographie qui
prendrait comme point de d&eacute;part, &agrave; la suite de Paul
de Man, l'opposition entre discours et figure. Dans cette
optique, il faudrait penser l'autobiographie, la narration,
le genre et le <emph type="2">gender</emph> comme autant de terrains
vagues qui seraient marqu&eacute;s non seulement par
l'&eacute;quivalent d'une &ldquo;loi du genre&rdquo;, mais &eacute;galement,
hant&eacute;s par une plus fondamentale &ldquo;loi de la loi du
genre&rdquo;. Ainsi, il faudrait consid&eacute;rer que ceux-ci
porteront, non seulement la trace des r&egrave;gles et des
lois discursives impos&eacute;es par la tradition, mais seront
&eacute;galement hant&eacute;s par cette in&eacute;vitable figuralit&eacute; du
langage qui fonde la possibilit&eacute; m&ecirc;me d'une
inscription mat&eacute;rielle de la tradition dans le langage.
Anticipant sur ma consid&eacute;ration de l'autobiographie en
tant que figure, j'aimerais sugg&eacute;rer qu'il faudrait
consid&eacute;rer de quelle mani&egrave;re la question de la
performativit&eacute; politique de l'autobiographie se
trouverait reformul&eacute;s si, suivant la suggestion faite

<pages>/pp.&nbsp;18-19/</pages>
 par Paul de Man dans &ldquo;Autobiography as
Defacement&rdquo;<noteref rid="note15">15</noteref>
<note id="note15"><no>15</no><p>De Man, Paul, &ldquo;Autobiography as Defacement&rdquo; , The Rhetoric of Romanticism. Columbia University Press, New York, 1984. (Reprise de: Paul de Man, &ldquo;Autobiography as De-facement.&rdquo; Modern Language Notes 94, 1979, 919-30).</p></note>, l'on
d&eacute;cidait de consid&eacute;rer ce qui, dans
l'autobiographie &mdash; et possiblement dans la narration &mdash;
ne rel&egrave;ve plus de l'ordre du discours, mais de l'ordre
de la figure. Si l'on emprunte la d&eacute;finition de ce
terme que nous sugg&egrave;re Bill Readings dans le
glossaire de son <emph type="2">Introducing Lyotard</emph>, le discours serait,
"the condition of representation to consciousness by a
rational order or structure of concepts."</p>

<p>Comprise comme appartenant &agrave; la condition du
discours, et se trouvant donc limit&eacute;e par celle-ci,
l'autobiographie n'appr&eacute;hendrait les choses qu'en
termes de leur repr&eacute;sentabilit&eacute; par, ou dans, les
termes de son propre syst&egrave;me discursif, c'est-&agrave;-dire
comme des significations que le discours serait apte &agrave;
exprimer<noteref rid="note16">16</noteref>
<note id="note16"><no>16</no><p>Bill Readings, Introducing Lyotard. Art and Politics. Routledge, New York, 1991, p. xxxi et p. 63.</p></note>. Au
contraire, comprise comme relevant de
l'ordre de la figure, l'autobiographie appartiendrait &agrave;
cet autre du discours qui, se trouvant toujours
n&eacute;cessairement pr&eacute;sent dans celui-ci, travaille contre
lui et d&eacute;place l'ordre de la repr&eacute;sentation<noteref rid="note17">17</noteref>
<note id="note17"><no>17</no><p>Ibid., p.xxxi.</p></note>. Elle
pourrait, de cette fa&ccedil;on, &ecirc;tre comprise comme la
trace persistente et irr&eacute;conciliable d'un espace ou
d'un temps qui serait radicalement incommensurable
avec le temps et l'espace relevant de la signification
discursive. La figure de l'autobiographie, ainsi pens&eacute;e,
se situerait &agrave; ce point o&ugrave; les oppositions par le biais
desquelles le discours fonctionne sont ouvertes &agrave; cette
radicale h&eacute;t&eacute;rog&eacute;n&eacute;it&eacute; ou singularit&eacute; diversement
&eacute;voqu&eacute;es dans les &eacute;crits de Lyotard par les termes
d'&eacute;v&eacute;nement, d'inconscient, d'anachronisme 
<pages>/pp.&nbsp;19-20/</pages>

postmoderne ou de sublime<noteref rid="note18">18</noteref>
<note id="note18"><no>18</no><p>Ibid., p. xxxi.</p></note>. La question de la valeur
politique de l'autobiographie, pos&eacute;e comme figure de
lecture ou figure d'&eacute;criture, s'en trouverait
radicalement d&eacute;plac&eacute;e. Dans cette optique, la
&ldquo;discursivit&eacute;&rdquo; de l'autobiographie, de la narration, du
genre, ou encore du <emph type="2">gender</emph>, ne repr&eacute;senterait plus que
la somme des traces laiss&eacute;es sur ces sites mouvants
par de pr&eacute;c&eacute;dentes tentatives d'occupation,
d'appropriation et de cartographie, sites qu'elles ne
seraient, par ailleurs, jamais parvenues &agrave; fixer ou &agrave;
contr&ocirc;ler. D&egrave;s lors, ne pourrait-on pas consid&eacute;rer ces
instances, et &eacute;galement celles du nom propre, du texte
et de la signature, comme autant de terrains vagues
devenus d'autant plus ouverts &agrave; des pratiques de
squattage multiples qu'ils ne sont plus revendiqu&eacute;s ou
d&eacute;fendus par quelque instance institutionelle, &eacute;tatique
ou juridique que ce soit qui ait les moyens de les
d&eacute;fendre?</p>

<p>De fa&ccedil;on concr&egrave;te, si l'on refuse de comprendre
le <emph type="2">gender</emph>, ou bien comme un simple ensemble de
conventions formelles qui seraient modifiables &agrave; l'infini
&mdash; par le biais de la culture &mdash;, ou bien comme une
essence ou une forme organique inchangeable &mdash;
d&eacute;termin&eacute;e par la nature &mdash;, que nous reste-t-il
comme option? On doit s'interroger sur les possibilit&eacute;s
ouvertes par une sorte de pratique de &ldquo;participation
sans appartenance&rdquo;<noteref rid="note19">19</noteref>
<note id="note19"><no>19</no><p>Derrida, &ldquo;La loi du genre&rdquo;, op..cit., p. 194.</p></note> ou,
selon le mod&egrave;le propos&eacute;
plus haut, sur une sorte de pratique de squattage de
ces diff&eacute;rentes instances. Une fois encore, squatter ces
divers terrains vagues ce serait occuper ill&eacute;galement et
de fa&ccedil;on temporaire des sites &agrave; la fois incertains et
min&eacute;s, c'est-&agrave;-dire d&eacute;j&agrave; marqu&eacute;s par des
occupations pr&eacute;c&eacute;dentes, les occuper par le biais de
pratiques &mdash; performances textuelles ou pratiques
d'&eacute;criture &mdash; temporaires et ponctuelles, et ce sans
avoir recours &agrave; une id&eacute;e ou &agrave; une d&eacute;finition. De
telles pratiques ne renvoient pas &agrave; une position de
souverainet&eacute;, d'autonomie ou &agrave; un exercice de pure
exp&eacute;rimentation ludique &mdash; ainsi, il existe bien quelque
chose de l'ordre de la diff&eacute;rence sexuelle ainsi qu'une
tradition philosophique qui nous dicte notre 
<pages>/pp.&nbsp;20-21/</pages>

compr&eacute;hension de celle-ci &mdash;, mais &agrave; une position
d'h&eacute;t&eacute;ronomie<noteref rid="note20">20</noteref>
<note id="note20"><no>20</no><p>Voir Judith Butler, Bodies that Matter: On the Discursive Limits of Sex, Routledge, New York, 1993.</p></note>. La
forme que prendront ces diverses
pratiques de squattage d&eacute;pendra, non seulement de
ce qu'on voudra bien en faire mais &eacute;galement de ce
qu'on &ldquo;pourra&rdquo; en faire, c'est-&agrave;-dire, entre autres, de
ce qu'on trouvera de d&eacute;j&agrave; inscrit sur ces sites et de
la fa&ccedil;on dont on interpr&eacute;tera ceux-ci &agrave; la lumi&egrave;re
des imp&eacute;ratifs politiques pragmatiques et situationnels
qui s'imposeront au travail d'&eacute;criture ou de pratique
culturelle. Ainsi, en ce qui concerne le <emph type="2">gender</emph>, la
seule identit&eacute; qui na&icirc;tra de l'occupation de ces sites
incertains et mouvants sera d&eacute;finie par les pratiques
d'occupation qui, seules, seront &agrave; m&ecirc;me d'ouvrir ainsi
des possibilit&eacute;s nouvelles pour une subjectivit&eacute; qui se
trouverait diversement marqu&eacute;e par le genre.<noteref rid="note21">21</noteref>
<note id="note21"><no>21</no><p>Voir Jacques Derrida et Christie McDonald, &ldquo;Choreographies, Jacques Derrida and Christie V. McDonald&rdquo;, dans Diacritics, vol.12, The John Hopkins University Press, 1982, pp. 66-76: &ldquo;(...) I would like to believe in the multiplicity of sexually marked voices. I would like to believe in the masses, this indeterminable number of blended voices, this mobile of non-identified sexual marks whose choreography can carry, divide, multiply the body of each &ldquo;individual&rdquo;, whether he be classified as &ldquo;man&rdquo; or as &ldquo;woman&rdquo; according to the criteria of usage. (...) In a quite rigorous sense, the exchange alone could not suffice either, however, because the desire to escape the combinatory itself, to invent incalculable choreographies, would remain.&rdquo; </p></note>&nbsp;</p>

<p content="pages">
<pages>/p.&nbsp;21-22/</pages>
</p>
</subsect1>
</section>

<section>
<title>Post-scriptum</title>

<p>Ce texte rend compte, en partie, du travail de
r&eacute;daction fait &agrave; l'&eacute;t&eacute; 1995 en vue de la
pr&eacute;paration de mes examens de doctorat &agrave;
l'universit&eacute; de Montr&eacute;al. J'aurais d&ucirc; passer ces
examens un an plus t&ocirc;t, soit, plus exactement, en
novembre 1994. La disparition de Bill Readings vint
bouleverser ces projets et en remettre en cause le
sens m&ecirc;me. Comment pers&eacute;v&eacute;rer, en son absence,
dans cette aventure de la pens&eacute;e dont il m'avait
redonn&eacute; le go&ucirc;t? On pense d'abord que continuer,
c'est un peu oublier, c'est un peu trahir. Et puis, l'on
pense que refuser d'avancer, c'est aussi trahir. Car
refuser d'assumer la responsabilit&eacute; pour le projet
entrepris, ce serait faire comme si ce cheminement,
cet accompagnement d'une qualit&eacute; et d'une
complicit&eacute; si rares dont j'avais profit&eacute;, n'avait pas eu
lieu.</p>

<p>Bien avant qu'il n'y ait eu &agrave; nouveau des
&ldquo;raisons&rdquo; pour continuer, il y aura eu cette &eacute;vidence
qu'il le fallait, tout simplement, et, aussi, le sentiment
d'une dette impossible &agrave; payer. Ce n'est qu'en
retournant &agrave; l'&eacute;criture, ainsi en r&eacute;digeant la
premi&egrave;re version de ce texte, que s'imposa finalement
l'&eacute;vidence d'un accompagnement, d'une pr&eacute;sence, qui
se poursuivait malgr&eacute; l'absence. Aujourd'hui, de Berlin,
o&ugrave; je ne serais pas venue, de Berlin o&ugrave; il aurait d&ucirc;
&ecirc;tre lui-m&ecirc;me cette ann&eacute;e, je r&eacute;alise &agrave; quel point
mon travail ne pourra se poursuivre qu'&agrave; partir de
l'h&eacute;ritage laiss&eacute; en moi par le dialogue constant,
actuel ou virtuel, qui m'attacha &agrave; la pens&eacute;e de Bill
Readings durant ces quatre ann&eacute;es qu'il passa parmi
nous &agrave; Montr&eacute;al.</p>

<p content="pages">
<pages>/p.&nbsp;22/</pages>
</p>

</section>

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