Sciences, technologies et sociétés de A à Z


Julien Prud'homme, Collectif , Pierre Doray, Frédéric Bouchard

264 pages • mai 2015

En librairie le 1er juin




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Quand a-t-on commencé à réfléchir sur la science, sur ce que nous faisons du savoir et sur ce qu’il fait de nous en retour ? Quand cessera-t-on de penser la technologie, avec qui nos contacts s’intensifient chaque jour ? Le projet de ce livre est de récapituler cette pensée curieuse, de la stimuler et de la diffuser. Le public, les étudiants, les décideurs et les chercheurs devraient y voir tant un outil de référence pratique qu’une occasion de réflexion. En l’abordant depuis leurs propres préoccupations, ils y trouveront des repères – des définitions, des bilans sur l’état de la recherche, des problèmes non résolus, des propositions originales, des bibliographies, des indications succinctes et claires pour s’y retrouver dans une vaste littérature et guider en connaissance de cause leur réflexion sur la dimension humaine des sciences et des technologies.
Il n’existe pas vraiment de dictionnaire accessible et en français sur l’étude sociale du fait scientifique et technique – ce que l’on appelle le champ « STS », pour « science, technologie et société ». Sciences, technologies et sociétés de A à Z remplit cet office. Activement parcouru, il révèle la trame, le vocabulaire, les questions et la mouvante unité d’une communauté de pensée et de recherche, vouée à la saisie critique des sciences et des technologies entendues comme phénomènes humains et sociaux. À force de le parcourir en tous sens, d’en exploiter les renvois et d’en écumer l’index, on pourrait bien se surprendre à le lire d’un trait.
Chaque entrée présente l’état des recherches sur un aspect précis de l’étude des sciences et des technologies, en rendant compte tant des acquis de la recherche que des débats théoriques ou méthodologiques en cours. Travail collectif, fruit du réseau d’expertise, de la culture de l’échange et des projets communs du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), l’ensemble mobilise plusieurs disciplines – sociologie, philosophie, management, communication, science politique, histoire, économie ou scientométrie – tout en mettant en avant les concepts transversaux et les échanges interdisciplinaires qui transcendent ces divisions.
Le territoire couvert est vaste. Les sciences et les technologies forment un ensemble étendu, constitué de savoirs et de concepts intégrés dans des théories, des pratiques et des objets physiques qui orientent l’action sociale, et plus précisément interagissent avec les acteurs sociaux (concepteurs et usagers, individuels et collectifs) qui s’emploient pour leur part, de manière continue, à les produire et à les transformer. Production, diffusion, mise en oeuvre et évaluation réflexive des sciences et des technologies se mêlent ainsi constamment, générant des situations complexes que les individus et les collectivités doivent s’approprier. Au-delà d’un dictionnaire, nous offrons en quelque sorte un atlas du rapport contemporain à la science et à la technologie. Ces situations sont abordées de multiples manières. On peut distinguer trois veines principales de réflexion et de recherche. La première est une sociologie historique et une épistémologie en contexte : elle raconte la formation des idées et des institutions savantes, décrit les cadres intellectuels et sociaux des propositions scientifiques, identifie les ressorts du changement dans la pratique de la science. À la fois une histoire des idées et un rappel du poids des contextes, elle fait voir autrement les trajectoires actuelles de la pensée et de l’université. Elle dialogue avec des approches plus normatives, en quête de meilleures règles épistémologiques ou éthiques, pour penser la tension entre les normes idéelles et l’historicité des pratiques.
Une seconde veine de questions concerne la création et le devenir de l’objet technique. Des approches variées révèlent une technologie à la fois produite, diffusée, et appropriée. La recherche peut adopter une facture ethnographique et documenter le poids des interactions sociales dans ces processus. Elle peut aussi se concentrer sur l’influence d’acteurs plus institués, comme l’État ou l’entreprise privée, sur le dynamisme de l’innovation. D’autres s’attardent à l’impact des technologies sur la participation sociale, identifiant les demandes croissantes pour
une plus grande interaction entre producteurs et usagers – qu’il s’agisse de firmes commerciales ou de communautés d’internautes. On peut aussi se préoccuper des lieux pratiques de la diffusion du savoir, comme l’école, le musée ou les médias de masse.
Les sciences et les technologies, enfin, sont des choses qui se gèrent – de plus en plus, d’ailleurs. Une troisième veine de réflexion pense l’optimisation de cette gestion. La propriété intellectuelle, la valorisation de la technologie et la mesure des performances scientifiques à des fins académiques ou commerciales mobilisent beaucoup d’efforts et comportent des écueils à éviter. Les équilibres délicats entre la collaboration, la compétition et le contrôle, entre le local, le national et le mondial, entre l’organisationnel, l’économique et le politique, supposent une réflexion fine et informée.
Cette brève typologie épuise-t-elle les possibles d’une interrogation critique des sciences et des technologies dans leur contexte social ? Le champ est si fécond qu’il faut s’attendre à des mutations continues. Anticiper cet avenir exige aussi des outils pour rendre intelligible le mouvement des sciences et des techniques. Les quatre-vingt-deux entrées offertes ici dressent un panorama englobant des réflexions en cours et un portrait suffisamment structuré et accessible pour s’y repérer.
Un tel compendium rappelle l’importance d’un dialogue ancré dans un vocabulaire précis et une curiosité partagée entre tous les penseurs désireux d’entretenir une relation intelligente et policée à ce fait social sans précédent qu’est l’essor des sciences et des technologies. Ce dialogue est exigeant, mais la maîtrise de notre avenir commun ne requiert-elle pas une meilleure compréhension du potentiel et des limites de la science ?